
Nous sommes rentrés de ce voyage humanitaire organisé par l'association Pahila Pahila Ko Asha, intense, émouvant, enrichissant et profondément satisfaisant. Nous sommes heureux de vous partager notre activité de soins en Acupuncture et Tuina.
Le trajet jusqu’à Tingla, dans la région du Solukhumbu où se trouve notre centre orthopédique, faisait déjà partie de l’aventure. Trois jours complets de voyage depuis la Suisse et la France, des vols via la Chine avant d’atteindre Katmandou, puis 11 heures de bus pour parcourir 200 km de routes serpentines. Une partie du trajet longeait la rivière Sunkoshi, dont les routes avaient été emportées par des glissements de terrain l’année précédente. Au retour, nous avons eu la chance de passer juste au bon moment, lorsque le niveau de l’eau permettait encore le passage malgré une mousson arrivée en avance — nous évitant ainsi près de cinq heures de détour supplémentaire.


Nous sommes très heureux de constater que le bâtiment du dispensaire est désormais quasiment terminé et prêt à accueillir les soins dans de bonnes conditions. Ce lieu est également devenu un véritable espace de vie et de convivialité pour le village ainsi que pour les villages voisins et le district : des tournois de volley-ball y ont notamment été organisés, témoignant de l’importance sociale et communautaire que ce centre commence déjà à représenter pour la population locale.
Nous sommes également très satisfaits d’avoir pu assurer cinq jours de soins intensifs au sein du village. Malgré l’intensité du travail, la fatigue physique, la concentration constante nécessaire aux prises en charge ainsi que la charge émotionnelle liée à certaines situations cliniques, cette mission a confirmé l’intérêt d’une continuité thérapeutique et les bénéfices concrets que celle-ci peut apporter aux patients. Parmi les cas marquants, une patiente présentant un zona a pu être prise en charge dès le premier jour. Grâce à des soins quotidiens réguliers, les douleurs ont progressivement disparu et les vésicules étaient sèches au cinquième jour.


Nous avons également accompagné une personne âgée hémiplégique qui n’avait plus posé les pieds au sol depuis huit ans. Après cinq jours de traitement, elle a pu commencer à se tenir debout avec assistance, ce qui a constitué un moment particulièrement fort pour l’ensemble de l’équipe soignante et la famille. Un autre cas significatif concerne un jeune garçon atteint de myasthénie. Lors de la première consultation, l’extension des jambes était quasiment inexistante. Grâce au travail coordonné de toute l’équipe, une amélioration importante a pu être observée au cours du séjour, avec une extension des jambes atteignant environ 95 % en fin de prise en charge.
Au-delà des soins, cette mission a également permis de transmettre des conseils d’hygiène de vie, d’alimentation et des exercices simples adaptés au quotidien des habitants, en particulier auprès des jeunes générations. Il a été encourageant de constater que certains interprètes et villageois ont commencé eux-mêmes à relayer spontanément certains conseils, notamment concernant la réduction du sucre et du lait, signe d’une bonne compréhension et appropriation des recommandations données durant les consultations.


Cette expérience a également permis d’identifier certains ajustements nécessaires dans notre pratique afin de mieux l’adapter aux spécificités locales. Certaines réactions cutanées, notamment des vésicules liées à la tension de tape, ont montré la nécessité d’adapter l’intensité du Tuina ainsi que les manipulations des aiguilles à la sensibilité physique des patients locaux.
Enfin, cette mission met en évidence que des séjours de soins dépassant cinq jours peuvent devenir particulièrement exigeants sur le plan physique et émotionnel pour les soignants, sauf à prévoir une diminution de l’intensité quotidienne des consultations ou une rotation plus importante des équipes.
